Consortium canadien sur la sécurité humaine

Profil de boursier : Elinor Bray-Collins

Elinor Bray-Collins est une étudiante au doctorat au département de Sciences politiques à l'Université de Toronto. Sa recherche de doctorat explore la politique concernant les jeunes au Moyen-Orient. Utilisant le Liban comme étude de cas, elle examine comment et pourquoi les jeunes sont poussés vers la politique communautaire. Ses principales questions de recherche incluent : qui rivalise pour la loyauté politique et l'énergie de la jeunesse et comment s'y prennent-ils ? Quelles sont les conditions selon lesquelles les mouvements ethniques et religieux sont efficaces pour mobiliser la jeunesse pour leurs ambitions politiques et pourquoi certains groupes ont-ils plus de succès que d'autres dans ce domaine ? Quelles sont les implications de la mobilisation de la jeunesse sur la politique des sociétés divisées et en développement ?

Elinor a reçu son BA (honneurs) en Études du développement international au Collège de Scarborough de l'université de Toronto et son MA en Éducation comparative internationale de l'institut de l'Ontario pour les Études en éducation. Avant d'entreprendre son doctorat en 2004, elle a travaillé dans des initiatives de développement rural en Tanzanie et au Kenya, coordonnant des programmes pour la jeunesse et des programmes agricoles en Thaïlande et au Canada et elle s'est jointe à des ONGs arabes au Liban et en Syrie afin de diriger une recherche sur les politiques de société, les plaidoyers des femmes et les droits de l'homme. Elinor a reçu de nombreuses récompenses académiques et des distinctions incluant le prix de la Recherche innovatrice de l'Agence canadienne de développement international (ACDI), la bourse de recherche de doctorat pour la recherche en gestion de l'ethnicité et de la démocratie, ainsi qu'une bourse de recherche de doctorat Beattie du Centre Trudeau pour la paix et l'étude des conflits. Les publications d'Elinor incluent “The Politics of Peace Building in Nepal” avec Rita Thapa dans Canadian Women’s Studies et“Women’s Organizing à Beyrouth : Dialectics of Unity and Diversity” dans The Lebanon Report.

Description de la recherche du CCHS :

Les conflits ethniques et religieux sont en hausse et posent une menace sérieuse pour la sécurité humaine dans les sociétés de l'hémisphère sud. Fondamentalement, ce sont des sociétés qui sont également largement composées de jeunes. Au Moyen-Orient seulement, on estime à 60 % la population de moins de 25 ans (World Bank 2006). De plus, un lien a été fait entre la soi-disant "explosion démographique de la jeunesse" dans les pyramides de population et l'accroissement des conflits internes (Beehner 2007). En dépit de ces statistiques importantes, les politiques concernant la jeunesse demeurent "une section gravement sous-recherchée" de la science politique. (Hegasay 2006). La jeunesse est décrite dans la littérature sur les conflits ethniques et religieux comme "omniprésente" dans les protestations populaires. (Villalon 1999) et elle "fournit aux élites religieuses leurs recrues les plus radicales" (Robinson 2004) et néanmoins elle est rarement le sujet de recherches universitaires. S'il n'y avait aucune autre raison que leur grand nombre, la compréhension de la mobilisation de la jeunesse est critique pour le développement de théories, politiques et pratiques qui permettent de promouvoir la sécurité humaine de concert avec les efforts pour minimiser les conflits politiques. En effet, lorsqu'on considère nos politiques extérieures envers les nations en développement - et le Moyen-Orient en particulier - la question qu'on se pose réellement est :‘Quelles sont nos politiques envers les jeunes ?' La recherche d'Elinor comblera ce vide dans nos connaissances et, ce faisant, contribuera à améliorer les politiques envers la sécurité humaine et le bien-être des jeunes gens.

Le Liban offre un cas solide pour cette étude. Non seulement c'est un pays qui a souffert d'un conflit interne persistant basé sur les communautés, c'est aussi un pays où les jeunes ont récemment été catapultés dans l'arène politique. Durant "L'Intifada d'indépendance" de 2005 (aussi connu sous le nom de la "Révolution des cèdres" ou le "Printemps du Liban"), des centaines de milliers de jeunes libanais sont descendus dans les rues pour exprimer leur désir de mettre fin aux divisions sectaires, à l'interférence extérieure et pour une nation en paix et reconstruite. En effet, les événements de cette période ont poussé une génération entière vers la politique. Ces événements, cependant, représentent un casse-tête : les centaines de milliers de jeunes personnes qui demandaient l'unité et la fin des divisions ethnoreligieuses étaient, paradoxalement, organisées par les mêmes forces politiques qui les perpétuaient. Même au coeur de la "révolution" libanaise menée par les jeunes - la cité des tentes de Beyrouth - les lignes confessionnelles étaient manifestement en place. Chaque groupe avait ses propres tentes, son propre territoire, sa musique, sa nourriture, ses drapeaux et évidemment sa jeunesse. Comme le faisait remarquer un observateur, la jeunesse désirait désespérément venir à bout des anciennes divisions politiques et cependant ils suivaient "aveuglément" les anciennes élites politiques (Bayat, 2005).

Trois ans plus tard, c'est une remarque habituelle que le Printemps du Liban est devenu l'automne. En fait, tout nous montre une intensification des divisions sectaires dans la population (Leeders 2007) et la jeunesse ne fait pas exception. Les jeunes, qui prêchaient pour l'unité il y a peu de temps, sont de plus en plus attirés par les parties confessionnelles et l'activisme. Comment et pourquoi les anciennes élites communautaires ont-elles réussi à pousser ces jeunes vers l'action politique - même en dépit de la jeunesse qui exprimait des sentiments de trahison de leur part ? Qu'est-ce que cette jeune génération d'activistes confessionnels - ironiquement appelant à l'unité - nous dit-elle?

Afin de répondre aux questions ébauchées ci-dessus, Elinor analyse les structures formelles et les sites informels de mobilisation de la jeunesse afin de comprendre comment ils fonctionnent sous différentes conditions politiques et à l'intérieur d'événements politiques sélectionnés. Elle compare quatre cas choisis de mouvements ethnoreligieux - les Chiites, les Sunnites, les Chrétiens et les Druzes - qui représentent les principaux groupes sectaires et couvrent le spectre des communautés religieuses du Liban. Pour chaque mouvement, les structures formelles (c'est-à-dire, les ailes jeunesse des partis politiques, les camps de vacances, les groupes d'étudiants universitaires) ainsi que les structures informelles (c'est-à-dire les réseaux familiaux et de clan) sont examinées afin d'englober une gamme d'activités et de types de participation. Des entrevues sont faites avec un éventail de jeunes activistes incluant des leaders de la jeunesse, des membres formels de mouvements de jeunes et des jeunes participants non membres de même que des leaders élites adultes des mouvements sélectionnés. Une analyse de contenu est aussi faite sur du matériel concret (incluant, mais ne se limitant pas à du matériel disponible sur Internet, des documents de parti, des affiches).

Finalement, ces sites et structures de mobilisation sont analysés pour connaître comment ils ont fonctionné traditionnellement à partir de la période après guerre, avec une emphase sur les événements menant et après la "Révolte d'Indépendance" ou la "Révolution des cèdres".


Publications choisies

Bray-Collins, Elinor et Rita Thapa. (2002). "Women and Peace Building in Nepal: The Politics of Development Aid." dans Canadian Women’s Studies, Vol. 22, No. 2.

Bray-Collins, Elinor. (1997). "Women’s Organizing in Beirut” in Civil Society in Beirut: Dialects of Unity and Diversity" In The Lebanon Report. No. 3, Automne. 1997. Centre Libanais pour études politiques : Beyrouth. Liban

Bray-Collins, Elinor (2003). "Pushing the Boundaries: The Women’s Film Festival in Beirut." The Daily Star, Édition Libanaise, 12 juin 2003.

Bray-Collins, Elinor. (2003). "Creating or Co-opting Space for Gender Advocacy? National Women’s Machineries in the Arab World." Rapport de recherche du Centre de Recherche pour la formation et le développement, Gender Unit, Liban.

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