Consortium canadien sur la sécurité humaine

liv.6, éd 3  I mars 2008 

La privatisation de la sécurité

Cher lecteur, cher lectrice,

Ce bulletin sur la Sécurité humaine porte sur la tendance vers la privatisation de la sécurité.

Les fonctions traditionnellement effectuées par les forces armées des États sont de plus en plus imparties à des entreprises privées non seulement dans des situations d'urgence complexes, mais également dans le contexte de la fourniture de services de sécurité au jour le jour. Ces tâches comprennent une large gamme d'opérations incluant la logistique, la technique, la protection et dans certains cas, des activités de combat offensif.

Peter Singer a clairement reproduit cette tendance lorsqu'il a écrit, "On ne peut pas vaincre avec eux, on ne peut pas faire la guerre sans eux". En effet, les fournisseurs privés de sécurité sont de plus en plus vus comme une caractéristique indélébile des interventions militaires à grande échelle et même des interventions humanitaires même si leur existence et leurs actions font surgir nombre de soucis d'ordre éthique et légal. Les récents événements entourant Blackwater, la firme américaine opérant en Irak, ont attiré l'attention sur un nouveau débat entre les spécialistes, les avocats internationaux, les praticiens humanitaires et les représentants de l'industrie. Ce débat a tourné autour de l'applicabilité des lois de guerre aux actions des compagnies militaires privées (CMPs) particulièrement en situation de contre-insurrection et a soulevé des questions à savoir comment elles devraient occuper l'espace humanitaire.

Premièrement, le problème demande qu'on s'y attarde à cause de l'envergure même de l'industrie mondiale privée militaire et de sécurité dont on prévoit qu'elle atteindra 210 milliards de dollars US d'ici 2010, tel que noté par Benjamin Perrin. Perrin, à la faculté de loi de l'université de Colombie-Britannique, avertit que le Canada devra prendre des mesures adéquates et mettre en place les sauvegardes appropriées pour empêcher qu'un incident similaire à celui de Blackwater n'affecte ses opérations en Afghanistan. Il suggère des approches pour développer la transparence et la responsabilité dans l'embauche des entreprises privées militaires et de sécurité.

Christopher Spearin, au Collège des Forces canadiennes, discute des implications de la privatisation de la sécurité en Afghanistan sur la sécurité humaine à la suite du rapport Manley. Pendant que le personnel privé de sécurité comble un vide dans la contribution des troupes des forces armées de l'État qui intervient, il note que leurs actions peuvent ébranler la présence internationale elle-même.

 

Les États ne sont pas les seuls clients des fournisseurs privés de sécurité, les acteurs non gouvernementaux agissent avec eux également. De plus en plus, les humanitaires embauchent les CMPs pour leur protection dans les zones de conflit. Les professionnels humanitaires ont un important rôle à jouer dans la professionnalisation de l'industrie mondiale de la sécurité, écrit James Cockayne de l'Académie internationale pour la paix. Un aspect relativement inexploré du débat sur la sécurité privée est l'utilisation des CMPs par les groupes armés non gouvernementaux. Sunil Dasgupta, à l'Université George Washington, examine la dynamique de la relation entre ces deux acteurs privés alors qu'ils sont en compétition pour l'autorité publique. Il discute aussi des implications pour les Nations Unies d'utiliser les CMPs aux fins du maintien de la paix.

Les membres de l'industrie privée de la sécurité ont reconnu et répondent maintenant aux demandes pour une responsabilité accrue et un accord avec les provisions existantes dans la loi internationale humanitaire. L'Association internationale pour les opérations de paix (IPOA), une association professionnelle de premier plan basée sur des normes, a dirigé cet effort par son Code de Conduite continuellement en évolution et auquel toutes les compagnies membres doivent adhérer avant de se joindre à elle. Doug Brooks et Shawn Lee Rathgeber de l'IPOA offrent un point de vue unique en soulignant certains des défis et des opportunités afin que l'industrie joue un rôle plus important dans la réglementation du comportement des fournisseurs de sécurité privés. Ce faisant, ils énumèrent les impacts positifs que de telles firmes peuvent avoir dans des environnements post conflictuels en embauchant des habitants du pays et en contribuant à la stabilisation à long terme.

D'un point de vue conceptuel, Deborah Avant à l'université de Californie, Irvine soutient généralement que l'augmentation du nombre de fournisseurs privés de sécurité est le reflet d'une transformation plus importante dans la conceptualisation de la sécurité et l'utilisation de la force. Le renforcement de cette tendance est une augmentation remarquable du nombre d'entreprises privées de sécurité qui offrent des services dans des environnements non militaires et sans conflits. Rita Abrahamsen et Michael Williams à l'université de Aberystwyth décrivent l'émergence de nouveaux réseaux de sécurité dérivés d'une confluence d'acteurs publics, privés, mondiaux et locaux tels que ceux qui occupent le paysage de la sécurité à Cape Town en Afrique du Sud. Group4Securicor, la plus grande compagnie privée de sécurité aujourd'hui, sécurise Cape Town par une initiative incluant plusieurs parties prenantes, appelée le Cape Town Central City Improvement District.

La présentation des différents aspects du débat sur la privatisation de la sécurité fait ressortir une gamme de perspectives interdisciplinaires. Nous remercions les contributeurs pour avoir si généreusement offert leurs analyses d'experts et leurs opinions à ce Bulletin et nous sommes reconnaissants à Benjamin Perrin pour avoir partagé ses contacts avec nous.

Une compilation des plus récents rapports, analyses et nouvelles sur la privatisation de la sécurité est disponible dans la section Ressources. Ce numéro de événements et publications de la sécurité humaine offre des ressources web novatrices. Nous présentons les profils de trois chercheurs du groupe de recherche en sécurité humaine du CCHS - Edward Akuffo, Nevin Aiken et Elinor Bray-Collins -qui entreprennent des mémoires de recherche sur le terrain respectivement au Ghana, en Irlande du Nord et au Liban.

Plus de détails sur la recherche et les activités des chercheurs du CCHS seront disponibles dans le prochain Bulletin sur la sécurité humaine. Cette édition finale dans la phase actuelle des activités présentera des notes sélectionnées provenant de recherches sur le terrain, telles que compilées par les Chercheurs en Sécurité humaine en 2007-08.

Nous espérons que vous apprécierez ce numéro et serons heureux de recevoir vos commentaires.


Mrinalini Menon

Editrice en chef

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