Consortium canadien sur la sécurité humaine

Heather Exner-Pirot - Notes de la Scandinavie

Bien que toute recherche sur le terrain implique la rencontre avec l'imprévu et une série d'obstacles, j'ai été plus chanceuse que certains de mes collègues de BRSH puisque ma recherche sur le terrain a eu lieu au Canada, en Norvège et en Finlande. Comme telle, la logistique à propos du transport, du logement et de la sécurité ne causait pas de problèmes. Et, puisque mes entrevues se faisaient avec du personnel gouvernemental et d'autres professionnels, j'étais en mesure de prendre contact avec ces personnes et planifier mes entrevues à l'avance par courriel ou par téléphone. Le seul désavantage associé au fait de faire de la recherche en Scandinavie est le coût de la vie là-bas, plus particulièrement en Norvège. Puisque les hôtels, le transport et l'alimentation sont très dispendieux, mon voyage devait être relativement court et ceci limitait mon temps disponible pour conduire les entrevues.

Entrevues à Ottawa

J'ai rencontré plusieurs dilemmes durant ma période de recherche. Pour mes entrevues à Ottawa, j'ai réussi à planifier ce que je considère comme un très bon calendrier d'entrevues. Cependant, deux entrevues que je désirais beaucoup obtenir - avec Mary Simon ou un autre représentant de la Conférence circumpolaire inuit, et avec Victor Santos Pedro de Transport Canada, qui est le plus grand expert canadien sur le statut du transport dans l'Arctique ainsi que sur la politique qui s'y rapporte, n'ont pu être obtenues.

Mary Simon étant à l'extérieur de la ville durant mon voyage planifié à Ottawa, j'ai envoyé des courriels à d'autres représentants pertinents du Conseil inuit circumpolaire (Inuit Circumpolar council - ICC) et contacté leur bureau pour essayer d'organiser une entrevue avec une autre personne pertinente qui serait disponible. Cependant, c'était un temps de l'année très occupé pour l'organisme et ils n'ont pas pu planifier de rencontre. J'ai l'intention de retourner à Ottawa l'an prochain et j'essaierai à nouveau de planifier une rencontre avec l'ICC. Mon ancien patron à l'Université de l'Arctique, Greg Poelzer, m'a offert à cet effet d'envoyer un courriel d'introduction à mon sujet à Ms Simon puisqu'il a déjà travaillé avec elle auparavant et qu'il la connait personnellement.

De la même façon, malgré des courriels et des appels téléphoniques au bureau de M. Santos Pedro, il a été incapable de planifier une rencontre avec moi. Aussi, après un courriel d'introduction à M Santos Pedro de la part de mon superviseur de thèse qui le connait personnellement, je vais essayer d'obtenir une entrevue avec lui lors d'une visite future à Ottawa.

Deux autres entrevues qui auraient été très utiles - avec Larry Bagnel, le premier ministre du Yukon, et Adele Dion, la fonctionnaire de haut rang de l'Arctique pour le Canada et Directrice générale du Bureau de la sécurité humaine et des droits de l'Homme pour le Département des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada, ont été annulées à la dernière minute. Cela semble être un problème courant pour les étudiants au Doctorat qui espèrent obtenir une entrevue avec un fonctionnaire de haut rang; ces personnes sont très occupées et une entrevue avec un étudiant diplômé n'est, semble-t-il, pas considérée comme prioritaire. J'essaierai donc d'obtenir des entrevues avec ces personnes lors de ma prochaine visite à Ottawa.

J'ai obtenu des entrevues avec le Directeur Adjoint des Affaires circumpolaires et le Directeur des Affaires aborigènes et circumpolaires du Département des Affaires extérieures, ainsi qu'avec la Direction du développement des politiques du Département de la Défense nationale. Bien que les entrevues ont permis de confirmer certaines des hypothèses principales de ma thèse, les interviewés ne livraient pas facilement l'information. J'avais espéré, comme lors de mes autres rencontres, que les entrevues seraient relativement informelles et ouvertes et prendraient la forme d'une conversation plutôt que de questions et réponses. Cependant, je n'ai reçu réellement de réponses qu'à des questions spécifiques. Dans le futur, lorsque j'aurai affaire avec des participants qui travaillent sur des dossiers sensibles, je m'efforcerai de développer une liste de questions spécifiques, plutôt que la liste d'amorces de conversation que j'avais préparée.

Mes autres entrevues à Ottawa se sont bien déroulées, selon les plans établis.

Entrevues en Scandinavie

J'ai posé un certain nombre de gestes pour déterminer les contacts pour les entrevues potentielles en Scandinavie. D'abord et surtout, j'ai demandé l'aide de mon superviseur de thèse, ainsi que celle de mes anciens employeurs de l'Université de l'Arctique qui vivent au Canada, en Norvège et en Finlande puisqu'ils font fréquemment affaire avec des fonctionnaires qui vivent dans le Nord. Deuxièmement, j'ai demandé à certains des contacts au Département des Affaires étrangères et du Commerce international que je connaissais déjà s'ils pouvaient me donner des noms de personnes à qui je pourrais solliciter des entrevues en Norvège et en Finlande. Troisièmement, j'ai cherché sur internet des listes de contact en me basant sur les différentes conférences sur l'Arctique, les pages des ministres de l'extérieur et le site internet du Conseil de l'Arctique pour trouver des personnes à interviewer. En tout, j'ai contacté environ vingt-cinq personnes pour une entrevue et j'ai réussi à en rencontrer onze.

J'ai eu beaucoup de difficulté à obtenir des entrevues à Oslo. J'ignorais que c'était la relâche d'hiver en Norvège, période que les Norvégiens semblent prendre très au sérieux, et toutes les personnes au Ministère des Affaires extérieures de Norvège qui travaillaient sur l'aspect nordique de leur politique extérieure étaient en dehors de la ville. Comme je l'ai mentionné, j'avais demandé des entrevues à des contacts suggérés par mes anciens employeurs de l'Université de l'Arctique, du Département des Affaires étrangères et du Commerce international et des personnes avec lesquelles j'avais eu des entrevues aux Affaires indiennes et du Nord Canada. De plus, le consul politique à l'ambassade canadienne de Norvège est un de mes amis de collège et il a fait des demandes par courriel et de vive voix de ma part à ses contacts au Ministère des Affaires étrangères de la Norvège. Malheureusement, tous ces contacts étaient hors de la ville durant ma visite en Norvège. Ceci a été très frustrant, mais je ne crois pas que j'aurais pu faire mieux. Mon voyage en Norvège devait avoir lieu durant une certaine période et je l'avais déjà planifié avant de solliciter les entrevues afin de savoir quelles dates je pouvais proposer aux personnes à rencontrer.

Cette expérience m'a appris qu'il est préférable de vérifier les congés dans les pays où vous désirez faire une recherche sur le terrain avant de planifier votre horaire. J'aurais pu connaitre les dates des principaux congés religieux et des vacances d'été et j'ai vérifié pour être certaine qu'il n'y avait aucune conférence importante à laquelle mes contacts auraient été susceptibles d'assister avant de planifier mon voyage. Mais je n'aurais jamais deviné que la relâche d'hiver était si importante en Norvège.

Cependant, tout n'était pas perdu puisque j'ai eu une entrevue très productive et informative avec le consul canadien de Norvège qui a pu élaborer sur les buts et motivations de la Norvège au niveau de leur politique extérieure du nord, leur présidence actuelle du Conseil de l'Arctique et la sécurité dans l'Arctique en général. J'en ai également appris plus au sujet de la perspective du Canada sur les relations circumpolaires et le Conseil de l'Arctique.

 

J'ai aussi réussi à obtenir une entrevue avec Neil Hamilton, le directeur du Programme Arctique du WWF, qui est un observateur du Conseil de l'Arctique, un participant actif des affaires circumpolaires et un expert sur la sécurité environnementale dans l'Arctique. N'étant pas restreint par le besoin de diplomatie et par les hiérarchies et bureaucraties gouvernementales, M. Hamilton m'a fourni une évaluation très directe du travail du Conseil de l'Arctique, des objectifs concrets pour le futur du Conseil, des perspectives sur la politique en cause au sujet des problèmes culturels et de sécurité environnementale dans l'Arctique et, ce qui est plus important, sur le sentiment général concernant le rôle des ONGs dans le Conseil de l'Arctique.

Lors de mon premier contact avec M. Hamilton, il m'a dit qu'il était incapable de me donner une entrevue durant ma visite, mais qu'il serait ravi d'avoir une conversation téléphonique plus tard. Puisque le WWF était très près de mon hôtel, j'y ai fait un saut dans l'espoir d'obtenir un peu de documentation et peut-être de parler à quelqu'un du bureau. Puisque M. Hamilton était là à ce moment-là, j'ai réussi à avoir mon entrevue avec lui. Cette situation m'a appris que quelquefois, la persistance paie, et que bien que vous ne vouliez pas déranger les gens, il est plus difficile de refuser une rencontre lorsque la personne se trouve devant vous que par un courriel.

Mes entrevues à Helsinki ont eu lieu avec les meilleurs contacts possible; tout s'est bien déroulé et on m'a fourni beaucoup d'informations pertinentes. J'ai pu rencontrer Jyrki Kallio, haut fonctionnaire arctique pour la Finlande et représentant du ministre finlandais de l'extérieur, qui m'a expliqué les buts et motivations de la Finlande face à leur politique extérieure du nord et qui a élaboré au sujet de différences entre les perspectives Scandinaves et celles des Nord Américains au sujet de la sécurité humaine : à cause du pourcentage relativement réduit de la population représentée par le groupe indigène nordique Sami et de leur intégration importante dans la société scandinave, la sécurité humaine dans l'Arctique n'est pas un problème domestique comme au Canada, mais est un problème international et les principaux soucis sont le développement durable et la sécurité de la péninsule de Kola et des mers Baltique et de Barents en particulier et de la Russie en général.

J'ai aussi rencontré Guy Lindstrom et Lassi Heinenen. Guy Lindstrom est un membre du parlement finlandais qui a été impliqué dans le développement des politiques nordiques de la Finlande et de l'Union européenne et dans le Conseil de l'Arctique et qui m'a dressé un excellent historique des relations circumpolaires. Lassi Heinenen est probablement l'expert prééminent sur la sécurité humaine dans l'Arctique et il participe au Groupe de travail sur le développement durable du Conseil de l'Arctique, au forum du Nord et à l'Université de l'Arctique.

Autres dilemmes

Sur une note plus personnelle, j'allaite encore ma fille de 9 mois, donc je devais l'amener avec moi durant mes séjours à Winnipeg, Ottawa, Olso et Helsinki. Le fait d'amener le bébé a certainement fait en sorte que les voyages (ainsi que toute la période de bourse) ont été plus épuisants, plus dispendieux et ont requis plus de planification. Afin de m'aider, mon père est venu avec moi à Winnipeg, mon mari à Ottawa et ma soeur en Scandinavie. Bien que ceci m'ait permis d'effectuer ma recherche, j'ai dû, jusqu'à un certain point, organiser mon voyage autour des dates où ces personnes pouvaient prendre congé. Ceci impliquait qu'un séjour prolongé, aussi bien à Ottawa qu'en Scandinavie, était impossible tant pour des considérations de temps que d'argent. Je devais également planifier mes entrevues afin de pouvoir retourner périodiquement allaiter ma fille.

Sur une note positive, il appert que le bébé supporte très bien l'avion et le fait d'avoir des membres de ma famille avec moi durant chaque voyage a été très enrichissant. J'ai beaucoup appris de cet aspect de ma recherche sur le terrain. D’autant plus qu'avec l'aide de la famille, il est possible de trouver un équilibre entre la maternité et la période de bourse et que les occasions de recherches sur le terrain telles que celles permises par la BRSH ne doivent pas être remises à plus tard ou abandonnées.

Conclusion

Pour ma thèse de maîtrise, j'avais effectué un voyage de recherche intensif sur le terrain dans le sud du Chili pour étudier le niveau de participation politique des femmes rurales indigènes. Je peux dire sans l'ombre d'un doute que ce voyage de recherche avait été plus facile, plus simple et plus efficace et que j'avais vraiment réussi à obtenir l'information que je recherchais à l'origine. Évidemment, des objectifs de recherche différents déterminent la nature de la recherche sur le terrain et il manque quelque chose lorsque le chercheur ne peut expérimenter la façon de vivre, les événements sociaux quotidiens et les obstacles qui touchent un groupe particulier. Puisque l'objet de mes questions de recherche visait les politiques gouvernementales et les motivations et les buts des États, ce fut une bonne décision de restreindre mon champ de recherche aux capitales du Canada, de la Norvège et de la Finlande. Cependant, avec une disponibilité de temps et de fonds sans limites, il aurait été intéressant de visiter certaines communautés dans les environs du cercle polaire où la sécurité humaine dans l'Arctique n'est pas une discussion théorique, mais bien une question de survie culturelle.

Leçons apprises :

 

Lorsqu'on interroge des participants qui ont des dossiers sensibles et qui sont peu susceptibles de divulguer de l'information supplémentaire, s'assurer de préparer une liste de questions spécifiques plutôt que de s'en tenir à des questions de type ouvertes. S'assurer de vérifier les congés importants, les festivals religieux, et cetera avant de planifier son voyage de recherche.Quelquefois, la persistance paie : lorsqu'un courriel ne permet pas d'obtenir une entrevue, téléphoner; lorsque le téléphone ne suffit pas, visiter le bureau en personne si possible.

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